Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

28/01/2015

Le «vivre-ensemble»: nommer les choses …

« L’athéisme et la laïcité sont deux choses différentes. C’est justement parce que la République est laïque qu’elle n’est pas athée. La laïcité est un type d’organisation de la cité, de la société. Elle interdit à l’Etat de prendre position en matière religieuse.» (1). L’athéisme n’est qu’une conviction parmi d’autres, mais égale aux autres ; faut-il rappeler que les athées ont eux aussi une spiritualité ? « Quand on est athée, on a aussi des convictions » rappelait un certain Riss dans Charlie Hebdo.

Revendiquer une autre forme de spiritualité, éloignée des religions, ne signifie pas « renier des siècles de civilisation judéo-chrétienne » (on a tenté de le faire croire lors du vacarme des manifs contre le Mariage pour tous …) ou porter atteinte aux cultures (diverses) de l’Islam.

Évidemment, « il y a une dimension religieuse dans toute société » comme l’indique le Père R.Carrara, archiprêtre d’Uzès (après avoir affirmé un peu vite dans Le Républicain que « l’État est laïque, pas la société … »). Le plus inquiétant est que le message de la laïcité était fortement brouillé, avant même les évènements abominables des 7/9 janvier ; un principe (mais oui, un principe !) de base est à rappeler : les religions n’ont aucune autorité sur la République, laquelle est la meilleure garante de la liberté de conscience et de la liberté de culte. Et le droit du croyant n’est pas le droit du citoyen ; tout esprit critique sait (et voit bien aujourd’hui) où conduit la confusion entre les deux niveaux …

C’est donc une multiplicité des convictions et des pratiques que doit assurer une communauté nationale, avec quels outils ? «Apprenons déjà aux enfants à lire et à écrire correctement. Il est plus important qu’un élève du lycée arrive à lire Pascal, Spinoza, Montaigne ou Descartes, plutôt qu’il reçoive des cours sur le fait religieux ou la morale laïque » écrit le philosophe André Comte-Sponville. Quant à Gérard Noiriel, historien de l’immigration, il va jusqu’à affirmer : « On s’exposera à de fortes désillusions si l’on croit qu’il suffira de prêcher un catéchisme républicain pour résoudre les problèmes de la jeunesse » (2). Sans doute, même si le terme catéchisme ne convient guère au travail multiforme effectué, sur le terrain, par nos collègues pédagogues …

On pourra rejoindre G. Noiriel sur une certaine désespérance des travailleurs sociaux qui se sentent abandonnés dans « les quartiers » (où la transmission des connaissances et des valeurs démocratiques manque cruellement de moyens) : « Il faut prendre à bras-le-corps la question de l’éducation populaire » ajoute-t-il dans le même article.

La connaissance des mots et des notions qu’ils recouvrent est donc essentielle ; la lecture (le décryptage !) des « messages » et autres montages sur les réseaux sociaux pourrait constituer une discipline à elle seule, les appels à la haine, ou plus insidieusement à la primauté d’une croyance sur les autres devenant insupportables. Il y a  plus : la remontée de thèses plus que fumeuses (il est urgent de définir la notion de « complotisme ») aggrave la perte de repères dans une frange non négligeable du public, pas seulement jeune. L’éducation, la qualité de l’information (télévisée entre autres) appellent de nouveaux efforts ; c’est le défi lancé aux enseignants, aux familles, aux médias et sans nul doute aux associations. Le « vivre-ensemble » et la liberté de chacun sont à ce prix.

Gérard Bressieux.

(1) André Comte-Sponville, propos recueillis par T. Lissitzky, 25-01-2015

(2) Le Monde, 25-01-2015

 

01:12 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

Commentaires

Bravo Gérard,
On ne peut mieux dire.
Laïcité veut dire apprendre à lire et à écrire, veut dire éducation populaire, veut dire pas de catéchisme républicain. Que la République ne se mêle pas du Religieux.
Que l'on porte une kippa, une croix chrétienne, un foulard, une robe safran ou tout autre insigne n'empêche pas d'avancer à visage découvert. C'est là l'essentiel, progresser oui, surtout ne pas progresser masqué.
Encore merci Gérard.
Jean-Gabriel, Uzès, le 28 janvier 2015.
jean-gabriel.blanc@wanadoo.fr

Écrit par : Jean-Gabriel BLANC | 28/01/2015

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire